(crédit photo: Brace Hemmelgarn)

Tu te sens comme un criminel

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Ç’a été une des pires expériences de ma vie.

J’avais donné une mise en échec à Dan Boyle des Sharks au début de la saison 2012-13 qui avait mal tournée. Je me souviens du feeling de le voir étendu sur la glace et de le voir quitter en civière. Épouvantable.

Mais là, ce n’est pas fini. En plus de te sentir comme de la marde, quelques heures après le match tu reçois l’appel pour t’annoncer que tu vas devoir t’expliquer. Et là, ça part!

Tu prends l’avion pour New York avec ton agent et ton directeur général. Après, tu entres dans une pièce dans laquelle se trouve le préfet de discipline de la LNH, des avocats de la ligue et plein de monde qui prend des notes. Après, comme un film d’horreur, on te montre la séquence en boucle en analysant pratiquement chaque fraction de seconde et tu dois t’expliquer.

La séquence

Il vient de quitter son banc, je suis à telle place sur la glace. Le jeu ne se déroule pas rapidement à ce moment. La rondelle se retrouve le long de la rampe derrière le filet et se dirige dans le coin de Boyle. Je le regarde et j’essaye de calculer ma vitesse versus la sienne. Je comprends qu’il sera là avant moi. Je pense qu’il m’a vu, mais il se retourne à la dernière seconde. Je suis trop engagé pour changer d’idée. Il fait un mouvement bizarre et BANG!

Regardez la séquence et vous allez me croire quand je vous jure que je ne voulais pas le blesser. Je suis d’ailleurs convaincu que 99% du temps, le joueur ne veut pas blesser son adversaire. Oui, tu veux le séparer de la rondelle, tu veux que ça fasse du bruit et qu’il tombe, mais pas le blesser.

J’avais texté Dan après pour lui dire à quel point j’étais désolé et que ce n’était pas intentionnel. Je ne me souviens plus de la réponse, mais c’est pas mal standard de faire ça. Parfois, le gars répond, parfois non. Mais ça ne tourne jamais en confrontation au téléphone.

C’est scientifique

C’est scientifique une mise en échec. Il y a plein de facteurs à prendre en ligne de compte : la grandeur, la vitesse, l’angle, le niveau de crainte du gars, son analyse de la situation ou la façon que la rondelle va réagir… c’est juste fou!

J’ai dû donner 3000 mises en échec dans ma carrière. J’en ai donné 2 mauvaises (suspension pour coup sur Scott Nichol en 2010).

Revenons dans la fameuse salle de la ligue. Je termine mon analyse et j’entends tout le monde y aller de son opinion sur combien de matchs je devrais avoir. Mon directeur-général Doug Armstrong dit à la ligue que les Blues n’engagent pas des joueurs salauds. D’ailleurs il nomme un paquet de « chasseurs de têtes » pour prouver son point que je n’en suis pas un. Cela étant, on repart en taxi, on s’en va à l’hôtel et là dans ta chambre tout seul, tu te sens comme un tata!

J’avais eu cinq matchs. Pour un joueur de 4e trio, c’est beaucoup d’argent! Je n’ai plus jamais été le même joueur après. J’étais plus hésitant à frapper. Un gars comme moi ne peut pas se permettre d’hésiter.

Tout ça pour dire que ce processus est difficile pour tout le monde qui est impliqué. Au risque de me répéter, je suis convaincu qu’aucun joueur (ou presque) ne veut blesser son adversaire.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Marc-André Perreault

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